Les jeunes de l'Arbrisseau n'ont pas souvent l'occasion de raconter leur quotidien : ils parlent du manque d'activité et des provocations policières.
Ce jour-là, ils sont une vingtaines à pratiquer la seule activité quand on a 20 ans et qu'on habite la Briqueterie : « Les barres. » Les jeunes n'ont pas grand-chose d'autre à faire que s'asseoir sur ce qui sépare le jardin du trottoir.
« Pour nous, il n'y a rien, confirme l'un d'eux. En janvier, il a été victime d'un contrôle de police musclé. « Ils me sont tombés dessus à dix. » Il en porte sur le visage les stigmates il a aussi longtemps gardé le goût de la « gazeuse » qu'on lui a balancé dans la bouche. Deux jours avant, il avait déjà eu une altercation avec les forces de l'ordre. « Depuis, c'est la guerre, promet le jeune homme. Quand on entend : "On va vous gazer comme des cafards", nous, on charge. » L'un des plus âgés enchaîne : « Il y a trop de contrôles qui se passent mal. » Beaucoup de provocations aussi.
« Un flic m'a dit : "J'te prends quand tu veux" je lui ai répondu : "Pose ta plaque et ton pistolet et je te la donne". Il a attendu que je sois tout seul pour me choper avec des collègues. » Le soir de la garde à vue de ce jeune du quartier, des voitures ont brûlé : « Un flic m'a dit que j'étais un chef de gang. » Habiter rue de Nice, c'est comme être marqué au fer rouge : « Quand on se fait contrôler, on n'ose plus dire qu'on habite ici, sinon, ils tartinent le carnet complet d'amendes. » La tension est montée encore d'un cran il y a quelques semaines, quand un gamin du quartier s'est tué à moto.